40 — Ceinture d’Astéroïdes — Fin

 6 juin 2300

Chères toutes et cher tous. Comment allez-vous aujourd’hui  ?

Cela fait maintenant quelques jours que nous travaillons dans le champ d’astéroïdes. Contrairement à ce que j’aurais pu croire, il n’y a que peu d’inscrits. Cette semaine (ainsi que la suivante), nous sommes (et serons) à peine une centaine de volontaires. Selon l’un des chefs du chantier, ce nombre devrait être multiplié par deux ou trois dans une quinzaine de jours (pile poil quand nous quitterons l’endroit), et c’était probablement dû au GB-SC. Mais nous fûmes quand même assez surpris. Je m’attendais à des villes immenses comme sur Io, dans lesquelles des dômes et des robots pourraient terminer ce chantier plus rapidement qu’un immeuble. Mais ici, c’est le vide, et il a été consciemment choisi. Toute la Ceinture est protégée par des traités, et aucune industrie ne peut s’y développer. Concernant la reconstruction, elle prendra le temps qu’il faudra. Le but premier n’est pas de finir le plus rapidement possible, mais de tirer leçon de nos erreurs. L’humanité a le reste du Système solaire pour être pressée ; ici, c’est la zen-attitude.  

Nous prenons tout doucement le rythme local des journées qui, grosso modo, se divisent en trois parties :

  • Les matinées sont consacrées aux calculs et aux prises de mesures. Nous nous séparons en petits groupes. La moitié va vérifier ce qui a été déposé la veille, l’autre trouve de nouveaux emplacements.  
  • L’après-midi, nous déposons de nouveaux astéroïdes. Beaucoup de petits, de temps en temps des gros ; la plupart du temps, des moyens à peine plus gros qu’une maison.
  • Le soir, repos et discussion. Après le dîner (vous vous souvenez, la file), nombre d’entre nous sont tellement crevés qu’il nous est quasi impossible de détourner les yeux de l’holomap représentant la Ceinture. 

Pour vérifier, c’est un peu la pêche au canard. Comment cela marche ? C’est assez simple, mais il faut le savoir. Chaque astéroïde possède un numéro d’identifiant unique (via une signature radio-active). Nos connecteurs ont été mis à jour avec un module qui nous permet pour chaque caillou, qu’il soit gros ou minuscule, de le trouver facilement une fois celui-ci enregistré.

Pour trouver de nouveaux emplacements, nous regardons l’holomap et cherchons les endroits potentiels. Nous allons sur place, revérifions les mesures, les rentrons dans le cloud pour que soient recalculées les prochaines données astronomiques. En général, cela prend un long moment pour qu’un emplacement soit validé. L’interaction doit être calculée pour chaque grain de poussière. Ce n’est pas tant les mouvements qui posent problème, mais la stabilité. Imaginez qu’on rajoute un caillou qui dans cent ans, par simples interactions et réactions en chaine, fait s’effondrer la Ceinture. Cela serait pire que tout. Chaque ajout est calculé de telle sorte que la stabilité de l’ensemble de la Ceinture soit supérieure à cent mille ans, cela met les machines à bout.

L’après-midi, nous les mettons en place – ou plutôt, nous aidons à les placer. Cela nécessite une précision telle que seuls des gens hautement expérimentés sont habilités à le faire. Nous devons amener l’astéroïde au bon endroit, le freiner (mais pas trop), le faire tourner sur lui-même à une certaine vitesse et une certaine constante, etc. L’IA est là pour la précision, mais at the end, c’est la main humaine qui décide. De plus, certains mesurant allègrement plusieurs kilomètres, vous imaginez les dégâts si un non-initié s’amusait à les manipuler. 

Il y a plein d’autres gens ici, surtout des vieux, mais pas que. Nous nous retrouvons tous les soirs, exténués mais contents de notre journée, dans la file nourricière. Nous nous racontons nos mésaventures, les perturbations, les outils perdus dans le vide (avec obligation de les récupérer coûte que coûte), les sorties extravéhiculaires, etc. Et c’est là que je me suis rendu compte qu’il y a un an, je n’avais jamais expérimenté d’anti-g naturel. Je ne connaissais cette sensation qu’à partir de bar 0-g. Un an plus tard, cela est devenu pour moi quelque chose de naturel. J’en fais quasiment une par jour, et je ne remarque même pas la chance que j’ai d’être ici. 

Il ne reste plus que quelques jours avant de retourner chez moi. Puis ce sera mes études, le service citoyen, le travail (si je veux), etc. Je suis déjà nostalgique de ce voyage, comme si cela faisait dix ans que nous l’avions fait. Mais ne démotivons pas, il me reste encore une semaine. 

À plus pour d’autres nouvelles. 

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