39 — Ceinture d’Astéroïdes – première semaine

  30 mai 2300

Chères toutes et chers tous. Comment allez-vous  aujourd’hui  ?

Nous nous trouvons actuellement dans le « chantier du millénaire  » comme le Newsfeed le nomme. Ici, il n’y a aucune civilisation. Que du caillou sur tout l’horizon. Des gros et des petits en veux-tu en voilà, sans l’ombre d’un dôme habité. Du caillou et quatre chantiers qui se trouvent sur cette Ceinture d’Astéroïdes située entre Mars et Jupiter. Nous, nous nous trouvons sur AstéEast. En face de nous, de l’autre côté du Soleil à même distance, il y a AsteWest. Enfin, à notre gauche et notre droite (tout de même à des millions de kilomètres), AstéNorth et AstéSouth.

Nous sommes ici depuis deux jours et déjà, cela sent le dépaysement. Nous avons été accueillis par un roboception sous l’holo3D temps réel de la Ceinture, qui se situe dans le réfectoire. Chaque astéroïde y est représenté ainsi que les équipes qui y travaillent. Nous étions obnubilés par la rotation de ces multiples points, et le roboception nous expliqua le principe de ce chantier qui mobilise depuis plus de cent cinquante ans la civilisation humaine.

Il y a deux cents ans, mineur d’astéroïdes était un métier très recherché. La technologie permettait déjà d’aller dans la Ceinture, d’en attraper un et de le dépecer. Il y avait une demande et cela payait bien. Il y eut une ruée et avant qu’on l’appelle « la ruée de la silice » (nom qu’on connaît actuellement), sa première appellation fut « la ruée vers l’asté-or ». 

Puis il y eut le cri alarmant des scientifiques. Après plusieurs dizaines d’années de dépeçage sans vergogne, nos ancêtres arrivèrent à la limite de ce que le système pouvait perdre. Et par système, j’entends « Système solaire  » et donc gravité. Tant de roches et de cailloux avaient été supprimés que certaines planètes commençaient déjà à dévier de leur orbite. Certes, de quelques millimètres, mais c’était suffisant pour que le message soit pris au sérieux. Saviez-vous, par exemple, qu’un astéroïde de mille kilomètres de diamètre fut explosé et rasé ? Imaginez comment ce manque de masse transforma les relations gravitationnelles entre les corps du Système solaire. 

Alors, on promulga un traité qui protégea purement et simplement ce qui restait de la Ceinture d’Astéroïdes. Ce ne fut pourtant pas suffisant. Les dégâts étaient bien trop entamés pour ne faire qu’espérer. Donc on construisit les premiers ordinateurs quantiques affectés uniquement à cette tâche. On transforma les premiers fours pour qu’ils fassent exactement l’opposé de ce qu’ils étaient censés faire : reconstituer de la masse. Aujourd’hui, plus de quatre-vingt pour cent des dégâts ont été réparés. 

Nos deux premiers jours, nous avons surtout suivi quelqu’un qui nous a montré comment faire, etc. Principalement, il s’agit :

    1. De prendre des mesures de microgravité. Ce n’est pas facile vu les distances (beaucoup d’astéroïdes sont séparés par des centaines de milliers de kilomètres). 
    2. D’accueillir les astéroïdes reçus de Mercure et de les positionner correctement avec la bonne vélocité, le bon angle, etc. 

Si tous les calculs théoriques sont pilotés à partir de Neptune, là où travaillait Grétory dans l’observatoire – pour rappel, les calculs sont réalisés à partir d’un ordinateur quantique situé entre le Soleil et Mercure –, ce sont nos petites mains qui les rendent réels. Oui, c’est un travail de bénédictin. Pourtant, j’ai tellement hâte d’aller placer mon premier caillou ! 

Sinon, l’endroit où nous logeons a un petit côté d’antan pas désagréable. C’est une toute petite station de travail qui a été construite sur les restes d’une station minière (les autres ont été démantelées et transformées en astéroïdes dans les fours de Mercure). Bien qu’elle ait été aménagée et rénovée pour la nouvelle mission qui lui fut assignée, elle comporte encore bon nombre d’éléments de l’époque. C’est un peu spartiate, vieillot et usé (certains sols gravitationnels n’ont clairement pas été révisés depuis longtemps), pourtant cela sent bon la vie et le travail. Dans certaines pièces comme le sas, nous pourrions presque imaginer les mineurs s’habiller et sortir travailler sur de vieux scooters spatiaux biplaces qui ne servent plus que de décoration.

Pour nos couchettes, c’est pareil : de grandes pièces contenant huit lits. Oui, c’est un dortoir, c’est le dortoir des étudiants-volontaires. À l’époque, les mineurs dormaient comme cela. Nombre d’entre eux ne venaient ici que pour 180 jours. Ils travaillaient sans relâche puis retournaient dans leurs familles pour les 180 jours restants. La cuisine est d’ailleurs d’époque sur le principe. Aucun servobot ici. Nous devons faire la file, prendre un plateau, le porter et nous servir. Bienvenue dans le passé. 

Quand nous sommes arrivés, il n’y avait personne. Tous se trouvaient sur le chantier (ils étaient représentés dans l’holo du réfectoire, un petit triangle pointant leur positionnement). Une fois nos sacs posés, j’en ai profité pour holographer ma famille. 

Hier, ce fut la formation d’usage : sécurité, outils et vêtements de travail (combi, casque, etc.). Puis nous nous sommes habillés et sommes sortis pour un tour explicatif. Il y a des choses auxquelles nous pourrons participer, d’autres pas. Conduire les vaisseaux, c’est malheureusement non (au grand dam de Grétory, mais il lui aurait fallu trois mois pour apprendre à manœuvrer ces engins). Par contre, manier un robot-nain pour mettre un petit astéroïde, c’est oui. 

Voilà. Il est tard et j’ai hâte de participer demain au plus grand chantier du Système solaire. 

À plus pour d’autres nouvelles.

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