30 — Le réveil de la cryogénisation

8 avril 2300

Chères toutes et chers tous. Comment allez-vous aujourd’hui  ?

Me concernant, cela fait quatre jours que je trouve dans un hôpital de Mercurian et je ne vais pas en sortir avant un petit temps. Malheureusement, le voyage cryogénique n’a pas fonctionné super bien sur moi. La nouvelle est tombée, mon corps a mal encaissé les g.  

Mais commençons par les bonnes nouvelles. Le voyage s’est globalement bien passé. Nous sommes bien arrivés sur le port spatial de Mercurian. Je ne me trouverai donc pas dans le Newsfeed – tag « accident ». Nous étions toujours en cryo lors de notre arrivée. Comme dit avant de partir, impossible de sortir par nos propres moyens. Ce sont les médibots qui sont venus nous chercher. Ils ont dû probablement ouvrir nos capsules (nous trouver nus…), prendre nos corps (en impesanteur, facile), nous habiller d’un peignoir et nous mettre dans ces lits d’hôpitaux où enfin, ils ont commencé le processus de réveil.

Quand j’ai ouvert les yeux, je me trouvais dans une énorme capsule, sans connecteur, sans rien, juste une vitre bombée qui me permettait de remarquer que j’étais la seule dans cet état. Tous les autres dormaient dans des lits. Ce fut la pire expérience de ma vie, et pas de connecteur pour appeler à l’aide. Mes muscles encore engourdis, je ne pouvais même pas crier. Les autres se réveillaient doucement. Pour eux, tout avait l’air normal. Ils se sont levés, ont passé un check-in médical obligatoire, se sont habillés et auraient presque pu s’en aller directement. Pour moi, ce fut un peu différent. Probablement que les médibots n’intégrent aucun programme psychologique, car on m’a annoncé de but en blanc que je souffre d’une septicémie post-cryogénique. Il y eut un silence dans la salle. Personne ne savait quoi dire, comme si j’allais mourir. Cela devait être grave. Si j’ai bien compris, mon corps a du mal à supprimer les produits, ils sont encore en moi. C’est pour cela que j’ai été mise en capsule et toujours reliée à tout. Je vais devoir vivre toute ma vie comme cela, adieu monde cruel… 

Non, je déconne. Les septicémies post-cryo, cela arrive de temps en temps. Après quelques heures dans le sarcophage où j’ai subi une batterie de tests garantissant que je n’avais rien d’autre, j’ai pu en sortir (qu’est-ce que cela fait du bien de pouvoir marcher sur mes propres jambes). J’ai été transférée dans une chambre spéciale et toutes les nuits, pendant quelques jours, mes organes internes seront simplement purgés de tout liquide. D’après ce que j’ai compris (ou plutôt, selon ce que mon connecteur me dit), cela force mon corps à recréer du liquide, des minéraux et nombre de cellules. En dix jours, 40 % des cellules de mon corps seront régénérées, et enfin je pourrai regoûter à la liberté. 

Donc voilà, les prochains jours, ce sera dans cette chambre blanche, mon connecteur pour unique vue sur le monde extérieur, et mon médibot attitré pour unique interlocuteur pendant que mes amis sont déjà partis à la plage. Bon j’exagère, ils me connectent tous les jours pour avoir de mes nouvelles… et me montrer comment c’est dehors.

Vous savez quelle la première chose que vous voulez savoir lorsque sortez de cryogénisation  – je veux dire, une fois l’annonce de la septicémie passée ? Croyez-le ou non, mais pour moi, c’était mon âge ou, plus précisément, de combien de temps j’avais rajeuni. Peut-être était-ce parce que j’avais bien aimé nos cours d’astrophysique (et en particulier les chapitres sur les théories de relativité restreinte et générale). J’aurais normalement dû sortir le tableur et appliquer les formules mathématiques vues au cours, mais il y avait plus simple. Tout se trouvait déjà dans mon cloud. J’avais juste à demander à mon connecteur d’holographer mes infos, et si je lisais bien, pour 63 heures à raison de 20 000 kilomètres par seconde, j’ai gagné seulement huit minutes. Clairement, ce n’est pas énorme, l’humanité n’a pas évolué beaucoup dans ce court laps de temps. Ces huit minutes ne valent pas dix jours de convalescence, les drainages sanguins, les migraines et la nourriture intracutanée. 

Car oui, pour l’instant, je ne me nourris pas normalement. Je porte au bras une sorte de brassard qui une fois par jour injecte tous les oligo-éléments dont mon corps a besoin à travers la peau, liquide compris. Alors certes, je n’ai ni faim ni soif, mais qu’est-ce que j’ai envie de manger ! Mettre en bouche des OGM naturels, les mâcher, les avaler, boire des liquides, les glousser et les déglutiner. Cela me manque tellement.

« Medibot ? 
— Oui, Madame.
— Combien de temps vais-je garder ce brassard ?
— Vous pourrez enlever votre BxEmTr dans trois jours.
— Trois jours, ça va. Je tiendrai jusque-là. 
— Votre brassard vous fait-il mal ? Vos statistiques médicales ne révèlent rien d’anormal.
— Non, j’ai juste envie de manger et boire de vrais aliments. 
– … 
– Laissez tomber. Vous ne pouvez pas comprendre.
– Avez-vous un problème à la mâchoire ?
— -_- »

Dieu, que ces conversations vont être longues… 

À plus pour d’autres nouvelles.

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