3 — Les fossiles les plus anciens du système solaire

21 août 2299

Chères toutes et cher tous. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Nous devions rejoindre les garçons, mais Yosméria, apprenant que je n’avais jamais visité le plus grand musée d’histoire naturelle du Système, m’a organisé un citytrip en plein centre-ville de SabaeaCity. 

Ce musée, c’est un million de mètres carrés sur douze étages répartis en quatorze catégories. Il faudrait une vie entière pour le visiter. Pour vous donner une idée, c’est la plus importante collection spaléolitique. Elle regroupe les principaux fossiles de toutes les planètes du Système solaire, dont ceux de Mars. Comme nous y sommes pour deux jours (les deux derniers jours avant que celui-ci ne ferme longuement pour rénovation – d’où la précipitation de Yosméria, je suppose), nous avons décidé qu’aujourd’hui, nous ne ferions que la galerie des sondes. Les fossiles, cela sera pour demain. 

Pour la galerie des sondes, imaginez un endroit qui réunit tout ce que l’humanité a propulsé depuis le début de la conquête spatiale. Il y a, par exemple, la toute première : Mars-3, une sonde terrienne (toutes les premières sondes sont terriennes) envoyée il y a un peu plus de trois cents ans. Et ce n’est pas une copie, c’est la vraie. Du moins ce qu’il en reste, vu qu’elle s’était écrasée violemment. 

Enfin vinrent les sondes américaines : Viking, Phobos, Pathfinder, Curiosity (une espèce de buggy dégueu) et une ancienne voiture avec un mannequin dedans. Il y en avait beaucoup d’autres, ainsi que quelques rares reconstitutions comme la sonde Cassini ou bien les sondes voyageuses 1 et 2. La première s’est enfoncée dans les profondeurs de Saturne et les deux suivantes restent toujours inatteignables. Eh oui, elles sont en dehors du Système solaire, là où la technologie anti-gravité ne sert à rien. 

Le musée est très didactique ; sur chaque objet présenté, nous pouvions voir des surreprésentations 3D, jouer avec, lire le code source, comprendre leurs mécanismes, etc. En regardant ces objets, Yosméria me fit la réflexion suivante : comment pouvait-on faire des recherches avec ce genre d’appareil ? C’était petit, cela ne bougeait pas très vite, il n’y avait pas de bras robotique ou pas assez pour creuser profondément. C’étaient les premiers instruments de recherche, mais quel archaïsme  !

Puis nous sommes tombées sur la statue du philanthrope milliardaire du 21e siècle, Elon Musk, en taille 1:1 bien sûr. Nous avons toutes les deux trouvé bizarre d’en trouver une ici, mais Musk n’était-il pas connu pour son excentricité ? D’accord, il avait conçu l’anti-gravité modulable, ce qui a permis de voyager sans prendre de carburant avec soi. Mais mettre sa statue… déjà qu’on l’étudiait à l’école… Probablement que c’était dû au fait qu’une bonne partie du budget du musée provient de son fonds.

La deuxième partie de la galerie était consacrée à l’équipe Marsosaure-1. Elle commençait par le début de la thèse de Marc DelHonovan. Cet holotexte flottait au-dessus de la grande porte. 

« Tout comme il fallut creuser pour trouver nos fossiles terriens, il faudra creuser pour trouver des fossiles martiens. Cette thèse présente un faisceau d’indices probants d’une possibilité que Mars soit non seulement le berceau de la vie terrienne, mais contienne en son sol des fossiles de dinosaures martiens. Tous ont simplement été recouverts par le temps. Au fil de ce document, nous analyserons les dernières images satellites et construirons une matrice de probabilité des plaines et endroits possibles sur Mars qui aurait en son sol des vestiges d’une vie antérieure.  »

En lisant ce document (qui fit grand bruit à l’époque), M. Musk finança immédiatement une mission. Ils ont eu un an, ils ont mis trois mois. Trois mois et nous savions que nous n’étions pas seuls dans le Système solaire. Ce n’étaient que des fossiles, mais ils venaient d’autre part. Bien plus tard, nous sommes allés sur d’autres lunes (où nous avons trouvé des espèces vivantes extra-terrestres), mais eux, ils ont changé la face du monde avec cette découverte. 

Leur vaisseau n’était pas très large : à peine un double bus en forme d’hexagone tractant une ancienne pelleteuse multifonction (qui fonctionnait en explosant un liquide). Chaque côté du vaisseau était composé d’une grosse plaque gravitationnelle bien visible. Elles faisaient partie des premières générations, nous avons progressé depuis lors. L’écriteau nous disait aussi qu’ils en avaient pour 500 jours de voyage. 500 jours de voyage à cinq dans une grosse boite en métal sur les premières plaques génératrice de gravité. 500 jours… Ouaouw, aujourd’hui, la même distance se parcourt en seulement deux ou trois jours. 

La troisième partie de la galerie reconstituait le premier village martien. Des maisons les unes à côté des autres, chacune constituée de deux pièces emboitables. Le musée montrait aussi les premières autonobox, le boitier d’autonomie. Il devait mesurer deux mètres de haut. On dirait un box industriel. Celui de mes parents est seulement un cube de vingt centimètres de côté. Technologie, quand tu évolues… jusqu’à ce que tu disparaisses, quand la terraformation de Mars eut lieu. Eh oui, sur Mars, les premiers colons ont vécu comme moi sur la Lune : sous coupole. 

À midi, nous avons mangé au restaurant du musée. C’est un endroit agréable, nombre d’animations d’holo3D d’animaux et de reconstitutions embryonnaires taille humaine vous égayent le repas. Là, nous avons fait la connaissance d’un chercheur, un jeune en thèse ayant exactement le même modèle de connecteur que moi. Il s’appelle Charlèt et nous dit qu’il travaille à Ganyversity (ce qui a mis en joie Yosméria). Si nous passons par là cette année, nous pourrons lui rendre visite pour qu’il nous montre son laboratoire. Comme nous devions de toute façon y aller… 

L’après-midi, nous avons visité la seconde plus grande galerie du musée, celle de la terraformation de Mars. Même chose, les holos étaient super cool. La terraformation dura quinze ans. Elle commença en 2140 pour se terminer en 2155. Tout le processus était expliqué et bien détaillé. La clé se trouvait dans les algues, les mêmes qu’on utilise actuellement, les mêmes que mes parents cultivaient, ces fameuses algues à bulles d’oxygène. Il y avait également des bassins dans lesquels nous pouvions nous servir, mais bon, vu que j’en avais plein chez moi… 

Dans cette galerie, j’ai appris plein de choses assez contre-intuitives. Saviez-vous que Mars n’était pas verte et bleue comme maintenant, mais rouge ? Ou alors : pourquoi Mars était-elle la seule planète du Système solaire à avoir été terraformée entièrement, et fut la seule pendant longtemps ? Pourquoi la Lune terrienne (d’où je viens), Phobos, Ganymède, Europe, Titan, etc. n’ont pas été terraformés ? À en lire les holotextes, il y avait trois raisons à cela : la taille, les conventions interstellaires et la chaleur.

Pour ma bonne vieille Lune, elle est trop petite, l’attraction ne lui permet pas de garder une atmosphère. Des ingénieurs du début du siècle ont bien pensé la recouvrir entièrement de plaques gravitationnelles, ce qui augmenterait la gravité et ainsi garderait l’atmosphère ; mais d’autres ont argué que cela ne ferait que causer de plus gros problèmes. Moi qui, dans mon enfance, regardait les holos de Mars en me demandant pourquoi il n’avait jamais fait pareil sur la Lune, maintenant, je le savais. Mais j’aime bien ma coupole.

Concernant les autres planètes : Mercure se situe trop près du soleil ; Ganymède, Europe et Titan, le Traité galiléen en interdit la colonisation. Normal, on y a trouvé de la vie. Pour Vénus, c’est en cours, mais nous savons tous que cela ne sera jamais la Terre ou Mars.

Le soir, Yosméria m’a fait un peu découvrir les alentours de notre hôtel. Nous sommes d’ailleurs en train de manger dans un bon petit restaurant (j’écris ce post d’ici) et ce soir, il un match de la Ligue Graviball dans un bar local, alors.…

À plus pour d’autres nouvelles.

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