2 — Voyage Lune – Mars

20 août 2299

Chères toutes et cher tous. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Yosméria et moi allons bientôt arriver sur Mars. L’holocran nous montre TeslaCity, la station portuaire principale de la planète. Notre vitesse de croisière atteint les 1000 kilomètres/seconde, mais en regardant dehors, nous ne ressentons rien (et heureusement vous allez me dire). L’excellence de la technologie anti-gravité m’impressionnera toujours. Mieux que cela, je pense qu’elle me fascine (peut-être une voie à creuser pour mes futures études). 

Alors, qu’avons-nous fait pendant notre micro voyage d’une cinquantaine d’heures ? Eh bien, je peux vous dire que la M.I.T.C ne fait pas les choses à moitié. J’aurais pu rester beaucoup plus de temps dans cet Elon X-356. Certes, l’embarquement était un peu long, mais après toutes les numérisations et autres formalités d’usage, un hologuide nous a été affecté : tout bleu, transparent et luminescent , rond, flottant dans les airs et vibrant au son de chacune de ses paroles. Sa voix masculine nous demanda poliment de le suivre jusqu’à notre cabine. Cette dernière était située sur le septième pont et contenait deux lits, un holocran ainsi qu’une petite douche. C’était spartiate, mais suffisant pour deux nuits. Un conseil : si vous avez le choix, prenez le lit de droite, il est plus proche de la vitre. Je pouvais deviner, avant que nous ne décollions, les lumières des immenses coupoles habitées de DelistaLunaTown (DLTown pour les intimes). L’holocran mural affichait en boucle les prochains arrêts de la navette (dont Mars évidemment) ainsi que bon nombre d’autres informations intéressantes. C’est comme cela que j’ai appris que nous n’étions que cinq mille personnes à embarquer. Au début, j’aurais cru plus (surtout en voyant la foule qui attendait à l’embarcadère), mais à la réflexion, la Lune n’est qu’une petite colonie, après tout. Sur Mars, l’Elon X-356 repartira au maximum de sa capacité : vingt-cinq mille personnes monteront à bord.

Une fois nos bagages posés près de nos lits, l’hologuide nous montra comment synchroniser nos connecteurs, une  étape ô combien importante pour commander la chambre (la porte, les lumières, la douche, etc.) ainsi que le programme des festivités. Pour moi, c’est un nouveau menu apparu dans ma vision ; pour Yosméria, c’était une nouvelle sensation. J’étais prête à me jeter sur le lit, mais il y avait en fait encore une dernière étape obligatoire. Notre boule bleue nous invita à la suivre jusqu’à la capsule de secours afin de terminer le protocole d’embarquement. Chaque passager doit parcourir au moins une fois le chemin entre sa cabine et son astronef d’extraction. C’est comme cela, c’est la loi. 

Dans le couloir, une fois la porte de notre cabine fermée, nous avons vu nos noms qui apparaissaient au sol, entourés de flèches nous montrant la voie. Nous n’avions plus qu’à suivre. Tout en marchant, Yosméria me raconta qu’il y a un peu plus de vingt ans, il n’y avait pas tout cela. Les normes étaient devenues plus drastiques depuis l’accident du Jupiterdia. Je connaissais cette histoire (du moins ce que le Newsfeed en publia), mais je ne savais pas que la commission d’enquête en était arrivée aux conclusions que les cinquante mille morts étaient principalement dus à l’absence de protocole de sécurité. Moi, tout ce que j’ai souhaité à ce moment-là, c’était de ne jamais en avoir besoin durant le voyage. Quelle cohue cela doit être quand vingt-cinq mille personnes doivent être sauvées en même temps… 

Concernant les capsules de sauvetage, elles pouvaient protéger une quarantaine de passagers à la fois. Vingt au sol, vingt au plafond. Nos capsules étaient les 7G_Up2 et 7G_Up3. Très didactiquement, notre hologuide nous expliqua comment enclencher la microgravité de l’escalier pour atteindre nos places, s’attacher, etc. Nous l’avons écouté (surtout moi qui entendais cela pour la première fois), nous nous sommes enregistrées et notre petite bulle bleue nous a quittés en nous souhaitant un bon voyage. Bref, enfin libres. 

En attendant le départ, nous sommes allées dans l’immense baie vitrée. Je connais les coupoles qui encadrent des villes entières. Je vis moi-même dans l’une d’elles, mais là, c’était autre chose. Un dôme qui couvre une localité, c’est fonctionnel. Cela génère de la lumière, règle les journées et les nuits, filtre les rayons du soleil, j’en passe et des meilleures. Ici, rien de tout cela. L’unique but de cette baie vitrée est de nous émerveiller. De plus, il n’y avait ni ville, ni maison, ni immeuble, seulement une grande terrasse plate, ou plutôt un jardin avec en son centre plusieurs attractions, bars et différents restos. 

Nous avons pris une petite navette pour atteindre le centre. Probablement que les autres voyageurs étaient encore en train de terminer l’embarquement, car n’y avait pas beaucoup de monde. En attendant le départ, nous avons parcouru les programmes des festivités. Des activités étaient prévues tous les soirs, aucun moyen de nous ennuyer. Mais sur le moment, nous nous sommes assises et avons attendu le départ avec de quoi boire. Puis nous avons décollé. Pour la première fois, j’avais la sensation de partir en vacances.

Nous avons passé le reste de la journée à l’anti-gravity square. Pas de siège, pas de sol, pas de plafond. Juste quelques heures sans aucune pression : rien que moi, ma meilleure amie et une bonne histoire à lire sur ma tablette. Être debout, enclencher l’anti-gravité et se sentir flotter petit à petit, rien de mieux pour se relaxer. À la capitale lunaire, il y a aussi un anti-gravity-bar (qui ne fait jamais qu’annuler le gravisol en fait), mais ils n’entretiennent pas leur matériel correctement. Le 0 g n’est pas uniforme, ce qui m’a déjà donné des courbatures et des nausées. Ici, on sentait bien que M.I.T.C avait les moyens de nous chouchouter.

Le soir, nous avons eu droit au premier spectacle. C’était un aquatique-renversant. Sous le dôme, l’eau – et les nageuses – étaient en gravité inversée par rapport à nous. Leurs figures externes s’exécutaient au milieu de l’immense salle, avant qu’elles soient réattirées vers le plafond. J’avais déjà vu des images, mais l’observer de mes propres yeux était tellement mieux ! Certaines arrivaient à ralentir leurs chutes remontantes (ou en donnaient l’impression), comme si tout autour d’elles, c’était le vaisseau qui descendait les recueillir et non l’inverse. 

Ce matin, Mars nous sourit. De là, nous prendrons le Tube jusqu’à la capitale SabaeaCity pour deux ou trois jours. Le Muhinama (le musée d’histoire naturelle de Mars) est en plein centre de cette ville de dix milliards d’habitants. Puis nous irons rejoindre Cédric et Grétory au mont Olympe pour quelques jours de ski avant de rester une semaine à SabaeaCity à flâner, visiter et aller au centre des volontaires interspatiaux. 

À plus pour d’autres nouvelles.

1 — Moi, mes amis et notre projet  3 — Les fossiles les plus anciens du système solaire

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